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La Lettre du Cardiologue |
Janvier 2012 |
EDITORIAL
Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse,
dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie
du monde médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise...
La presse des professionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières
années au point d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Claudie Damour-Terrasson
La formation continue des médecins libéraux figure parmi
les sujets qui, au fil du temps, ont le plus inspiré les
ministres de la Santé successifs, l’un défaisant ce que
l’autre avait mis en place avant lui. Le pire, c’est qu’à chaque
fois la gestation des nouveaux dispositifs de formation est
tellement longue qu’ils n’ont pas le temps d’être appliqués, ou
si peu, avant d’être balayés. Dernier exemple en date, il aura
fallu attendre 12 ans les décrets d’application de la dernière
réforme de 1994, instaurant la formation médicale continue
(FMC) et l’évaluation des pratiques professionnelles (EPP), qui
sont dès à présent balayés par la loi Bachelot et son développement
professionnel continu (DPC). Ce nouveau dispositif
fera-t-il exception à la règle ?
M. Chassang
RÉSUMÉS DE LA LITTÉRATURE INTERNATIONALE
-Thrombose de stent précoce : facteurs cliniques
confirmés, facteurs génétiques tout aussi
importants, score de prédiction du risque combiné,
chez les patients compliants
- Lien modéré entre insomnies
et infarctus du myocarde
-Registre international des dissections aortiques
aiguës de type A : analyse des causes de retard
de diagnostic et de prise en charge chirurgicale,
à propos de 894 patients
coordonnée par le Dr F. Beygui
CONGRÈS RÉUNION
Groupe de réflexion sur la cardiologie interventionnelle
(Paris, 7 et 9 décembre 2011)
Le Groupe de réflexion sur la cardiologie interventionnelle (GRCI) a fêté ses 20 ans lors
de sa dernière réunion, qui s’est tenue du 7 au 9 décembre 2011 au palais Brongniart, à
Paris. Ce fut l’occasion de rappeler les progrès spectaculaires qui ont métamorphosé
le domaine de la cardiologie interventionnelle durant cette période. Dans les lignes
ci-dessous sont résumés quelques points forts du GRCI 2011 concernant l’angioplastie
primaire lors de l’infarctus aigu et les valves aortiques percutanées.
A. Fassa
MISES AU POINT
»» Le taux de survie après un arrêt cardiaque diminue de 10 % avec chaque minute de retard dans le
début de la réanimation.
»» L’amélioration du pronostic nécessite une formation de la population aux 3 gestes qui sauvent : appel
des services de secours, massage cardiaque, défibrillation. C’est l’objectif de la campagne grand public de
la Fédération française de cardiologie menée en France sur ce thème depuis janvier 2008.
»» Cet article résume les nouvelles
recommandations européennes et américaines publiées en 2010 sur
la réanimation cardiopulmonaire.
C. Le Feuvre
»» La taille de l’IDM dépend de la durée de l’ischémie, de l’aire à risque et de l’existence de collatéralité.
»» La reperfusion est le premier traitement. Paradoxalement, les lésions d’ischémie-reperfusion sont provoquées
par la reperfusion. Les voies de signalisation impliquent soit des récepteurs membranaires et une
signalisation d’aval, soit la voie de la mitochondrie (pore de transition de perméabilité mitochondriale).
»» Les différentes voies peuvent être ciblées par la thérapeutique : le postconditionnement ischémique
active des voies de survie (des essais cliniques préliminaires montrent que le postconditionnement est
réalisable chez l’homme) ; le postconditionnement pharmacologique est prometteur (des essais cliniques
avec la ciclosporine sont positifs, mais ils restent décevants pour l’instant avec l’érythropoïétine [EPO]).
F. Roubille, S. Barrère-Lemaire, B. Lattuca, C. Piot,
L’athérosclérose est une maladie inflammatoire chronique des gros vaisseaux. Le processus de formation
de la plaque fait intervenir plusieurs acteurs pathogènes de l’inflammation, en particulier les monocytes/
macrophages et les lymphocytes T CD4+ de type Th1. L’immunité B a essentiellement été explorée au travers
des anticorps dirigés contre les lipoprotéines de basse densité oxydées (LDLox). Les travaux expérimentaux
chez l’homme ont montré que les anticorps naturels de type IgM, produits par les lymphocytes B1, étaient
protecteurs dans l’athérosclérose. Le rôle des IgG anti-LDL oxydés n’est pas clairement établi. Des travaux
récents se sont intéressés aux fonctions cellulaires des lymphocytes B et ont montré qu’ils participaient
au développement de l’athérosclérose en amplifiant la réponse immune et en polarisant les lymphocytes
T CD4+ vers un phénotype proathérogène.
H. Aït-Oufella, O. Herbin, J. Joffre, A. Tedgui, Z. Mallat
FICHE PRATIQUE
Le rétrécissement aortique (RA) est la valvulopathie
la plus fréquente dans nos pays occidentaux. Son
évaluation repose principalement sur l’échographie
transthoracique et sur la mesure de 3 paramètres : la vitesse
maximale transaortique, le gradient moyen et la surface
valvulaire aortique.
D. Messika-Zeitoun, C. Cueff
HISTOIRE
Pour un étudiant en médecine qui révise ses cours
d’anatomie, le nom de Pierre-Charles-Alexandre
Louis (1787-1872) est associé à l’angle entre le
manubrium sternal et le corps du sternum, encore
appelé “angle de Louis”. Cet angle est utilisé quotidiennement
en cardiologie : pour enregistrer un ECG,
on repère V1 et V2 au quatrième espace intercostal
en comptant à partir du deuxième espace intercostal,
situé juste en dessous de la petite bosse bien palpable
au niveau de l’angle de Louis et correspondant à l’articulation
de la deuxième côte sur le sternum. Mais
il est une contribution majeure de Pierre-Charles-
Alexandre Louis trop souvent oubliée : la description
de la “méthode numérique”. Louis va en effet révolutionner
la démarche diagnostique en rapportant très
précisément les aspects quantitatifs et numériques
des signes associés à chaque maladie (en particulier
la tuberculose et la typhoïde), ainsi que les caractéristiques
démographiques des patients (sexe, âge)
et les résultats des nombreuses autopsies qu’il a
lui-même effectuées. Louis va également démontrer
l’inutilité de la saignée, s’opposant courageusement
à Broussais. Après d’âpres discussions, le recours
massif à la saignée est abandonné, mettant fin à une
pratique empirique ancienne et au commerce et à
l’importation de tonnes de sangsues. La méthode
numérique de Louis est contestée en France, en particulier
par Trousseau qui voit dans sa démarche “un
fléau de l’intelligence”. En revanche, Louis est adulé
dans les pays anglo-saxons qui contribuent à faire
redécouvrir son talent par les Français. En exploitant
des milliers d’observations, la méthode numérique
de Louis pose les bases de la statistique appliquée
au raisonnement médical et à l’évaluation des thérapeutiques,
ouvrant la voie à l’épidémiologie et à la
médecine fondée sur les preuves (Evidence-Based
Medicine [EBM]).
D. Chemla P. Abastado
IMAGE COMMENTÉE
Monsieur L..., 69 ans, est hospitalisé en unité
de soins intensifs cardiologiques (USIC) pour
détresse respiratoire aiguë. Il est suivi pour
une cardiopathie ischémique avec altération modérée
de la fraction d’éjection du ventricule gauche (FEVG)
à 45 %. Depuis quelques semaines, il signalait une
dyspnée d’effort crescendo NYHA (New York Heart
Association) III. À son arrivée, il est apyrétique et
l’hémodynamique est conservée, mais sa détresse
respiratoire impose la mise sous masque à haute
concentration en oxygène. À l’auscultation, on note
un souffle systolique 3/6 au foyer mitral et quelques
sibilants diffus. La radiographie thoracique met en
évidence une opacité triangulaire systématisée de la
portion dorsale du lobe pulmonaire supérieur droit à
base pleurale, évoquant initialement le diagnostic de
pneumonie franche lobaire aiguë (PFLA) [figure 1].
La biologie montre un discret syndrome inflammatoire
biologique (GB = 15 000 g/l, CRP 53 mg/l). Le
scanner retrouve l’opacité systématisée. La fibroscopie
bronchique avec lavage bronchoalvéolaire
(LBA) ne montre pas de sécrétion purulente, mais un
liquide mousseux discrètement hémorragique, et le
direct du LBA est négatif. Un traitement mixte par
antibiotiques et diurétiques est instauré.
C. Cueff, D. Attias, D. Messika-Zeitoun,